Manifestations en Iran : frappe ou désescalade ? Donald Trump face à un dilemme
À l’issue d’une réunion nocturne dans la "Situation Room", mardi 13 janvier, l’hypothèse d’une escalade américaine semblait imminente. Selon CNN, le président Donald Trump aurait été profondément marqué par la diffusion de vidéos d’anciennes exécutions ordonnées par le régime iranien. Le locataire de la Maison-Blanche assurait alors aux Iraniens que "l'aide était en route", tandis que des soldats de la base américaine au Qatar étaient évacués pour anticiper les représailles. À Washington, beaucoup pensaient donc voir se rejouer le scénario du mois de juin, lorsque les États-Unis avaient mené des frappes aériennes contre trois sites nucléaires pour tenter d’entraver le programme nucléaire de Téhéran.
Alors que l’option militaire semblait sérieusement envisagée, Donald Trump a finalement calmé le jeu. Mercredi 14 janvier, il a affirmé avoir reçu des informations émanant de "sources très importantes de l’autre côté", selon lesquelles l’Iran aurait cessé de tuer des manifestants et renoncé à lancer de nouvelles exécutions — un signal qui, de toute évidence, a suffi à le satisfaire. 800 exécutions prévues la veille auraient été annulées, a précisé la Maison-Blanche jeudi. "Bonne nouvelle", a commenté Donald Trump sur les réseaux sociaux, ajoutant : "Espérons que cela continue !". Des déclarations laissant entendre que le président américain écarte, au moins provisoirement, l’hypothèse d’une frappe contre l’Iran.
Une posture attentiste encouragée par plusieurs alliés régionaux de Washington, inquiets des conséquences d’une frappe américaine. Un haut responsable américain a ainsi confié jeudi au New York Times que le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou avait demandé à Donald Trump de différer tout projet d’attaque contre l’Iran.
D’après CNN, les autorités israéliennes doutent en effet d’un effondrement rapide du régime iranien sans une campagne militaire prolongée. Autre sujet de préoccupation, selon la chaîne : "L’état du système de défense antimissile israélien — déjà fortement sollicité lors du précédent affrontement israélo-iranien — nourrissait également de sérieuses inquiétudes quant à la capacité du pays à encaisser de nouvelles représailles".
Toutes les options sur la table
Le Qatar, l’Arabie saoudite, Oman et l’Égypte — tous partenaires stratégiques de Washington — ont eux aussi exhorté l’administration Donald Trump à renoncer à une attaque contre l’Iran, a confié un responsable d’un pays arabe du Golfe. Cette prudence s’explique aussi par un réchauffement notable des relations entre Téhéran et ses voisins, comme le souligne The Guardian. L’an dernier, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi s’est ainsi rendu à Bahreïn — une première pour un chef de la diplomatie iranienne depuis 2010 — et a multiplié les déplacements en Égypte, avec quatre visites au Caire visant à rétablir des relations rompues de longue date. Riyad et Téhéran sont par ailleurs engagés sur la voie d’une normalisation progressive depuis près de trois ans.
Dans les coulisses de la Maison-Blanche, certains responsables américains s’interrogent toutefois sur la sincérité de cette désescalade, redoutant une manœuvre de diversion de la part de Donald Trump. Ils rappellent notamment les allégations volontairement floues du président en juin 2025, quelques jours seulement avant qu’il n’ordonne des frappes iraniennes. Jeudi, la Maison-Blanche a d’ailleurs maintenu l’ambiguïté, affirmant que toutes les options — y compris militaires — restaient sur la table.
D’autant que des signaux contradictoires continuent d’alimenter le doute. Profitant de cette accalmie apparente, le Pentagone a engagé l’acheminement en urgence de nouveaux armements et équipements de défense vers la région. Le porte-avions Abraham Lincoln et une partie de son groupe d’escorte font ainsi route vers le Moyen-Orient depuis la mer de Chine méridionale — un transit d’environ une semaine, selon deux responsables américains cités par le New York Times, qui ont requis l’anonymat en raison de la sensibilité des questions opérationnelles.
"Trump est un homme d'action"
"En réalité, seul le président Trump sait ce qu'il va faire, et un cercle très restreint de conseillers est informé de sa décision", a précisé la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, lors d'un point de presse. Un haut responsable américain a ajouté mercredi soir que sa décision d'ordonner une attaque dépendrait des actions que les services de sécurité iraniens entreprendront face aux manifestations. "Le président Trump est un homme d'action, pas un beau parleur comme on le voit aux Nations unies", a appuyé Mike Waltz, le représentant américain auprès de l'ONU, lors d'une réunion du Conseil de sécurité.
De son côté, l’ambassadeur adjoint de l’Iran auprès des Nations unies, Gholamhossein Darzi, a de nouveau mis en garde le Conseil de sécurité : "Tout acte d’agression, direct ou indirect, se verra répondre de manière décisive, proportionnée et conforme au droit. Il ne s’agit pas d’une menace, mais d’un constat de la réalité juridique." Selon l’organisation Human Rights Activists in Iran (HRANA), plus de 2 500 personnes ont été tuées depuis le début des manifestations. Alors que la répression sanglante se poursuit dans le pays des mollahs, les regards restent une nouvelle fois braqués sur le président américain. Comme le résume CNN : "La suite dépend de Donald Trump."

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