Au Maroc, l'impétueux fils de Mohammed VI : "Vous avez aimé Hassan II ? Vous adorerez Hassan III"
Ce 21 décembre 2025, les regards du monde se tournent vers Rabat. Cent-quatre-vingts pays diffusent le match d’ouverture de la Coupe d’Afrique des nations entre le Maroc et les Comores. Une fête dont le roi est absent. Le 10 janvier 2026, un communiqué du Palais évoquera un mal de dos. En réalité, Mohammed VI a quitté le territoire le 5 novembre, direction Abu Dhabi, Le Caire puis Paris. En ces derniers jours de l’année, il visiterait de nouveau la capitale égyptienne, notamment son "Grand Musée" ouvert depuis quelques semaines. A sa place, un jeune homme prend la lumière.
Sous le crachin du stade Moulay Abdellah, Hassan, le prince héritier, apparaît en manteau long élégant et costume de ville. A vingt-deux ans, il vit son premier moment de communion directe avec son peuple. Port altier, sourire légèrement crispé de celui qui n’a pas encore l’habitude de ces apparitions en mondiovision, le fils du roi se fait présenter les joueurs, récoltant une immense ovation au moment de son accolade avec le capitaine marocain. Un moment visionné 1,5 million de fois sur le compte YouTube de la chaîne BeIn Sports ! Quant à son exultation lors de l’ouverture du score des Lions de l’Atlas, quinze secondes saisies par le média Le360, elle a été vue plus de 14 millions de fois en trois semaines. Le futur roi fascine.
A la différence de son père et de son grand-père, Moulay Hassan n’a pas étudié le droit. Et en dépit de son cursus en géopolitique, suivi à l’université Mohammed-VI-Polytechnique-de-Rabat, il s’est abstenu d’effectuer une année à l’étranger. En 2019, à peine âgé de 16 ans, il avait représenté la couronne aux obsèques du comte de Paris, Henri d’Orléans, mais il n’entretiendrait aucun lien privilégié avec la France. "On m’a expliqué que si Mohammed VI a acheté un hôtel particulier à Paris, pendant le Covid, c’est pour inciter son fils à venir en France", détaille le journaliste Thierry Oberlé.
La vengeance du fils
A Rabat, le prince se rend à certains événements mondains… généralement en famille. "Je l’ai croisé trois fois en trois ans, à chaque fois avec sa mère", relate un officiel. Salma Bennani, alias Lalla Selma, l’ex-épouse du roi, a vécu des années difficiles à la suite de son divorce, en 2018. Plusieurs médias proches du Palais l’ont dénigrée, des conseillers l’ont ostracisée. Une période durant laquelle ses enfants, Hassan et sa sœur Khadija, lui ont apporté un soutien indéfectible. "Hassan et sa mère vivent ensemble au palais de Dar Es Salam, à Rabat, et Hassan n’a pas voulu se séparer d’elle, il a préféré renoncer à des études à l’étranger", soutient Ignacio Cembrero, journaliste espagnol à l’origine de nombreuses révélations sur le Palais.
Dans l’entourage du roi, beaucoup imaginent l’héritier mener des purges le jour où il arrivera au pouvoir. "On dit que Moulay Hassan déteste ceux qui ont fait souffrir sa mère", appuie Ignacio Cembrero. Il serait en revanche proche du chef des gardes du corps royaux, le général Abdelaziz Chater, appelé à une promotion. Interrogé par Thierry Oberlé, un des professeurs du prince à l’université a vu en lui un goût de l’exercice du pouvoir, comme son grand-père, aussi séducteur qu’autoritaire, plus que comme son père : "Vous avez aimé Hassan II ? Vous allez adorer Hassan III !".
Un geste furtif, observé le 17 avril 2023, suggère ce tempérament plus impétueux. En cette nuit de Laylat al-Qadr, une des veillées du Ramadan, Ahmed Toufiq, le ministre des Affaires islamiques, accompagne Mohammed VI dans la salle de prières de la mosquée Hassan-II-de-Casablanca. Pendant quelques secondes, Toufiq marche à la quasi-hauteur du roi. D’un signe de la main, Moulay Hassan lui indique sa place protocolaire plus à l’arrière, et repasse devant lui. Un mouvement de chef.

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