En Iran, la révolution en cours est un espoir pour l’Europe
L’Europe est dépourvue de stratégie face à la République islamique d’Iran. Après avoir misé pendant deux décennies sur un accord nucléaire qui s’est avéré une illusion, elle assiste impuissante à l’écrasement sanglant du soulèvement de la jeunesse. Ses principaux dirigeants, le français Macron, l’allemand Merz et le britannique Starmer, ont attendu le douzième jour des manifestations commencées le 28 décembre à Téhéran pour dénoncer la répression orchestrée par le tyran Khamenei. Et à ce jour, leur fermeté verbale ne s’est traduite par aucune action.
Pourtant, tout condamne le régime clérical, réactionnaire et illégitime des mollahs, qui dénie à sa population, depuis 47 ans, les libertés les plus élémentaires, et d’abord la liberté d’expression. Il gouverne par la force, la corruption et le népotisme. Il soumet les femmes, embastille et torture les opposants, quand il ne les exécute pas. Non content de piétiner les droits humains de son peuple et de quelques autres parmi ses voisins, il menace directement l’Europe, avec qui il dit être "en guerre totale" : l’expression a été employée par le président Massoud Pezeshkian, figure "pragmatique" de la caste régnante, dans une interview publiée à Téhéran au premier jour des manifestations.
Âme du radicalisme islamiste, la République islamique d’Iran exporte le terrorisme, via ses zélotes que sont le Hezbollah, le Hamas, le Djihad islamique ou les Houthis yéménites. Il poursuit un programme nucléaire militaire clandestin et développe des missiles balistiques capables de cibler Paris ou Berlin. Il met en danger dans le Golfe la liberté de circulation des pétroliers qui approvisionnent l’Europe. Et pour couronner le tout, il est devenu partie prenante d’un conflit qui met en péril la sécurité de tout le Vieux Continent, depuis qu’il fournit à la Russie en guerre contre l’Ukraine drones et missiles en abondance.
Une complaisance aux racines profondes
La complaisance des Européens vis-à-vis du régime théocratique de Téhéran a des racines profondes. Tout commence à la prise du pouvoir par l’ayatollah Khomeyni, en 1979, à qui la France a donné asile avant de le convoyer obligeamment jusqu’à Téhéran dans un avion spécialement affrété. A l’époque, nombreux sont les intellectuels et politiques européens qui voient le vieil imam comme le chef de file d’un mouvement progressiste, au motif qu’il se dépeint comme anti-impérialiste et anti-américain. La confusion persiste aujourd’hui dans les esprits d’une bonne partie de la gauche européenne, qui préfère garder le silence plutôt qu’être taxée d’islamophobie en condamnant le régime oppresseur. Tout, plutôt que de s’afficher dans le même camp qu’Israël en prenant fait et cause pour les aspirations à la liberté des jeunes Iraniens !
Longtemps Paris, Bruxelles et Berlin ont considéré que l’Iran n’était guère plus qu’une menace régionale qu’il fallait contenir par le dialogue et encourager à la modération en comptant sur la frange prétendument pragmatique du régime. En 2015, la signature du traité sur le nucléaire militaire fut célébrée comme le triomphe de cette stratégie. Il a fallu le soutien actif de Téhéran à l’agression de Vladimir Poutine, à partir de 2022, pour que l’Europe prenne enfin la mesure du péril. L’an dernier, elle a restauré toutes les sanctions visant la République islamique, pour non-respect de l’accord nucléaire. Mais depuis cet aveu d’échec de la voie diplomatique, elle reste indécise. Même le corps des Gardiens de la révolution, le bras armé du régime, n’est toujours pas identifié par l’UE et ses Etats membres pour ce qu’il est : une organisation terroriste.
L’enjeu des événements en cours en Iran est pourtant primordial. De même que la révolution islamique de 1979 avait eu un impact qui avait largement débordé les frontières de la Perse, la fin du régime des mollahs serait un événement géopolitique d’une magnitude immense, en portant un coup sévère et peut-être décisif à l’islam politique. Ce n’est pas seulement le Proche-Orient qui en bénéficierait, mais aussi toute l’Europe.

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