À Minneapolis, un policier de l'immigration tue une femme lors d'une opération

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Après MAGA (Make America Great Again), un nouvel acronyme circule dans le monde trumpiste, et gagne du terrain dans les pages de la presse américaine. Surnommée "FAFO. Pour "Fuck Around and Find Out", il traduit une dynamique qui tend à se confirmer chaque mois un peu plus : les dirigeants mondiaux qui défient Donald Trump s’exposent à des représailles violentes et complètement dénuées de considérations diplomatiques. Autrement dit, l'approche préférée du président milliardaire consiste à punir immédiatement ceux qui s’opposent aux intérêts américains, ou en tout cas à l’image qu'il s’en fait.
Cette pseudo-doctrine doit son nom au chef du Pentagone, Pete Hegseth, qui l'a résumée en déclarant que le président vénézuélien Nicolas Maduro, capturé le 3 janvier par les forces américaines car accusé de narcoterrorisme, "effed around, and he found out" ("a tenté le coup, et il a vu ce qui se passait"). "Je ne comprends toujours pas comment ils n’ont pas encore compris", s’exclamait quant à lui le secrétaire d’Etat Marco Rubio aux journalistes à Mar-a-Lago, quelques heures après la capture du chef d'Etat sud-américain. Une doctrine qui repose finalement moins sur un cadre stratégique formalisé que sur une démonstration de force personnelle du président, présenté par son propre entourage comme imprévisible et prêt à agir sans délai.
Chez les adeptes de MAGA, le terme prend. Sur les réseaux sociaux, des vidéos virales décorellées floquées "FAFO" circulaient déjà ces derniers mois, montrant des enfants à la mine déconfite, découvrant les conséquences auto-punitives de leurs bêtises : croquer dans un piment, jouer avec le tuyau d’arrosage… Bien qu’il existait déjà sur internet, le terme semble bénéficier d’un nouveau coup de projecteur et d’un tournant éditorial avec sa trumpisation. Les vidéos de parents hilares ont peu à peu été remplacées par des montages des images de Nicolas Maduro menotté, superposées sur les expressions faciales d’un Trump triomphant sur fond de bandes son épiques.
La Maison-Blanche n’a pas tardé à adopter une communication autour de ce concept, en diffusant une image de Trump légendée "FAFO" après sa conférence de presse à Mar-a-Lago samedi 3 janvier. Marco Rubio a quant à lui averti les nations étrangères de ne pas "jouer avec le président Trump". "Le 47ᵉ président des Etats-Unis n’est pas un joueur. Si vous ne le saviez pas, maintenant vous savez", a-t-il menacé. Le chargé de La Défense américaine Pete Hegseth a quant à lui cité plusieurs exemples d’application de la doctrine FAFO, notamment l’Iran, les rebelles houthis au Yémen et la frontière sud des Etats-Unis, déclarant que "beaucoup de politiciens veulent parler… Le président Trump agit par l’action".
Pour le journal américain The Atlantic, Donald Trump semble pour l’heure réserver la doctrine FAFO à l’ouest du planisphère, qu’il considère comme une zone où les Etats-Unis peuvent agir plus librement que dans le reste du monde. Dans cette logique, il a adressé un avertissement direct à Delcy Rodríguez, devenue présidente par intérim du Venezuela après la capture de Nicolas Maduro : si elle ne se conforme pas aux exigences américaines, elle s’exposerait à une nouvelle action militaire. "Si elle ne fait pas ce qui est juste, elle va payer un très gros prix, probablement plus gros que Maduro", a-t-il déclaré d’un ton menaçant auprès d’un correspondant du journal dimanche 4 janvier. Une stratégie qui s’inscrirait dans une vision plus large visant à affirmer la domination américaine dans les Amériques et à dissuader toute ingérence de puissances rivales comme la Russie ou la Chine.
Selon le journal américain pourtant, certains experts contestent néanmoins que cette approche constitue une véritable doctrine. "Il n’y a pas de Trump Doctrine : quoi qu’il fasse, il n’existe pas de grand cadre conceptuel ; c’est juste ce qui lui convient à l’instant" estime ainsi auprès du journal John Bolton, ancien conseiller à la sécurité nationale du président. Pour Kori Schake, directrice des études de politique étrangère à l’American Enterprise Institute, "il ne faut pas magnifier la politique de Trump en disant qu’il y a une doctrine".

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