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C’est dans un climat de haute tension, mais avec peu de surprise que les Ougandais ont appris ce 17 janvier la victoire annoncée de Yoweri Museveni à l’élection présidentielle, officialisant un septième mandat pour le chef de l’État au pouvoir depuis près de quarante ans. L’issue de ce scrutin dénué d’enjeux démocratique ravive pourtant une inquiétude plus profonde encore que la perpétuation d’un régime corrompu jusqu’à la moelle : celle de voir émerger, dans son sillage, la figure de son fils et chef des armées, Muhoozi Kainerugaba, général omnipotent aux sorties incontrôlées, surnommé par les Ougandais le "Trump de l’Afrique".
À 51 ans, aîné d’une famille qui se pense investie d’un droit divin à gouverner, Muhoosi est présenté depuis une décennie par les hauts responsables militaires comme le successeur naturel de son père. Ancien chef des forces spéciales puis des forces terrestres, il est nommé en 2024 à la tête de l’ensemble de l’armée ougandaise. Depuis, il s’assure de sa loyauté en multipliant promotions, hausses de salaires et constructions d’hôpitaux militaires.
La comparaison avec Donald Trump tient avant tout à son usage compulsif des réseaux sociaux. Le "général twittos", devenu un phénomène sur X à travers tout le continent, y affiche une brutalité décomplexée, sans aucun égard pour les conséquences diplomatiques. En politique intérieure, il déclarait en 2025 vouloir "pendre" la figure historique Kizza Besigye et "décapiter" Bobi Wine, ancien chanteur devenu opposant emblématique. Après l'enlèvement, en avril dernier, du chef de la sécurité de l’opposant, Muhoozi affirmait le détenir "dans mon sous-sol", publiant la photo d’un homme torse nu, hagard et en sueur. Comme souvent, le message et l’image seront supprimés quelques heures plus tard, sans qu'on n'en connaisse la véracité non.
En politique extérieure, l’enfant terrible affirmait il y a peu et sans raison apparente vouloir "capturer en deux semaines Nairobi", la capitale du Kenya voisin. Des déclarations en décalage avec son rang et souvent publiées tard dans la nuit, qui font le désespoir de son père, le président ougandais Yoweri Musseveni, régulièrement obligé de dépenser un capital diplomatique considérable auprès des dirigeants mondiaux pour rattraper les prises de parole de son fils.
Autre trait commun avec Donald Trump : une fascination assumée pour les dirigeants autoritaires ou d’extrême droite. Par le passé, il a couvert d’éloges Abdel Fattah Al-Sissi, le dictateur militaire à la tête de l’Égypte, aurait demandé sa main à Giorgia Meloni en échange de 100 vaches ankolés selon la presse locale, et décrit le président américain comme le "seul homme blanc" qu’il ait "jamais respecté". Mais celui qui a sa dévotion pleine et entière est celui qu’il appelle "notre héros russe". Depuis 2022, il soutient sans réserve l’invasion de l’Ukraine par Vladimir Poutine et s’est même engagé à envoyer des soldats à Moscou pour défendre la ville contre les "impérialistes" occidentaux.
La Russie lui rend bien sa dévotion : en octobre 2024, le Kremlin a envoyé une délégation du ministère de la Défense remettre au général un "don" de 100 millions de dollars destiné à l’armée ougandaise. Pour certains spécialistes, Muhoozi pourrait même, s’il parvient au pouvoir, servir de porte d’entrée à Moscou dans une Afrique anglophone où l’influence russe reste encore limitée.
À Kampala comme à l’étranger, l’hypothèse de l’accession au pouvoir de cet enfant terrible donne des sueurs froides. Car Muhoozi Kainerugaba pourrait peser lourd sur l’avenir de l’Ouganda, dans une région déjà ravagée par les conflits à l’est de la République démocratique du Congo. Très proche du président rwandais Paul Kagame — qu’il qualifie d’"héros" et d’"oncle" — il a participé à réchauffer les relations entre son pays et le Rwanda voisin, et il entretient depuis avec Kigali des liens militaires et stratégiques étroits, partageant des intérêts convergents en matière de sécurité régionale.
Son père était resté relativement neutre sur le dossier de l’invasion de la République démocratique du Congo par le Rwanda. Muhoozi prend lui des positions provocatrices — menaces de prise de la ville congolaise frontalière de Bunia, allusions à une avancée vers la ville de Kisangani aux côtés du M23, ou promesses d’arrestation de gouverneurs congolais. Ces sorties ont suscité protestations officielles et notes diplomatiques de Kinshasa, et ont renforcé l’idée que Kampala et Kigali pourraient agir de concert pour défendre leurs ambitions dans cette région riche en ressources, tandis que les négociations de paix piétinent et que la crise humanitaire s’aggrave.
Lui-même ne doute pas de son destin : "Je serai président de l’Ouganda après mon père. Ceux qui combattent la vérité seront très déçus", écrivait-il dès décembre 2024. Pourtant, l’accumulation de dérapages fait planer le doute sur sa capacité à diriger le pays. Le problème est que son pouvoir, lui, n’a cessé de croître. En plus du commandement des armées, il contrôle désormais la Special Forces Command, une garde présidentielle devenue une quasi-force privée, pilier de son influence politique et militaire. Initialement, Museveni comptait passer la main à son fils lors de l’élection de 2026. Mais l’inaptitude affichée de Muhoozi à se contenir aurait convaincu le président de briguer un nouveau mandat. À 81 ans, l’âge pourrait toutefois contraindre Museveni à lâcher les rênes plus tôt que prévu — ouvrant la voie à une succession aussi redoutée qu’incertaine.

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Article original publié sur AlloCiné

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